Saint-Valentin : soirée noire pour les célibataires
08-02-2010 | Mise à jour: 09:14
Que faisaient les célibataires la veille de la Saint-Valentin avant l’ère Internet ? Ils rasaient les murs avec magazine télévisé, résignés à subir les niaiseries du petit écran. Désormais ils chattent frénétiquement face à leur webcam, en versant des sommes astronomiques aux sites de rencontre.
Quand ils ne tombent pas dans les pires arnaques sentimentalo-financières.
Bientôt une des dates les plus profitables de l’année pour les fleuristes, confiseurs, restaurateurs et amènes vendeuses de lingerie : la Saint-Valentin, qui dope davantage les chiffres du commerce que les statistiques du mariage, se profile sur le dimanche de la mi-février avec son cortège d’idées noires pour les esseulés, qu’ils soient urbains ou ruraux. Car la société est ainsi faite qu’elle désigne comme looser celui qui n’a pas trouvé chaussure à son pied. La seule parade au blues de la Saint-Valentin résidait avant l’invention des sites de rencontre dans la boite de chocolat dévorée sans témoin.
Maintenant les célibataires ne se cachent plus pour mourir. Ils prennent leur « problème » à bras le corps et se créent un profil sur un site de rencontre. Délicieuse soirée en perspective pour l’aspirant à l’histoire d’amour, à se choisir un pseudo, à se trouver une photo, à remplir les paramètres de son portrait à l’aide de critères essentiels comme ses préférences culinaires, ses animaux de compagnie, son signe astrologique et la longueur de ses cheveux. À rédiger une « accroche », susceptible d’interpeller les personnes du sexe opposé. Mais ces délicieux moments d’auto-recréation ne sont rien en comparaison du vertige qui saisit le déjà -moins-célibataire lorsque le site de rencontre l’invite à décrire la personne qu’il recherche ! Tout est donc possible ici-bas même commander l’âme sœur à un serveur : de la couleur des ses yeux à sa religion en passant par son origine ethnique et ses revenus, il suffit de cocher les cases pour que l’homme ou la femme idéal(e) émerge peu à peu de l’écran.
Selon son enthousiasme à conduire un caddy, le célibataire fraichement inscrit se lance avec plus ou moins d’appétit dans la grande surface du sentiment. Hélas ! Faire ses courses est toujours plus exaltant dans la phase de sélection que dans celle de la dégustation. Surtout lorsque le supermarché est discount. Et qu’on avance le ventre creux. Le risque est grand de se laisser abuser par les têtes de gondole.
Exemple, vous êtes une femme de plus de 40 et vous vous découvrez un charme soudain auprès des night-clubbers de moins de 25 ? Passez votre chemin, on en veut moins à votre plastique qu’aux courbes de votre porte-monnaie! Relativisez aussi votre capital culturel. Sur les sites de rencontre, il importe plus de savoir qui est Tony Montana que Léon Tolstoï. Si toutefois votre bonne volonté n’a pas été entamée par les fautes d’orthographe, les pseudos calamiteux (Seul-comme-un-chien-78), les photos de tatouage et les poncifs dégoulinants, la meilleure stratégie de rencontre reste…la rencontre.
D’abord cela permet de vérifier que votre valentin ne souffre pas de bouffées suicidaires (ne riez pas, le chat interrompu pour cause d’overdose médicamenteuse laisse des séquelles). Puis de tester sa disponibilité. Car - le croiriez-vous ?- , fixer un rendez-vous à un inscrit masculin de plus de 40 est aussi difficile que décrocher un entretien d’embauche. Malgré le fringant concept de synchronisation, très en vogue chez tout mâle urbain mûr, les véritables candidats à la rencontre ne sont pas si nombreux. Quels que soient les motifs de leurs réticences (femme et enfants non déclarés, profil professionnel flou, herpès intempestif ou bouledogue incontinent), il est préférable de passer au profil suivant avant d’investir dans un échange voué au point mort. Enfin jauger la bête sur pièce dans les plus brefs délais évite d’être confrontée aux effluves du carpaccio de chaussettes, précisément le soir de la Saint-Valentin.
Mais par-dessus tout, la rencontre est la seule façon de tuer dans l’œuf le phantasme amoureux. Prudent lorsqu’on a une tendance névrotique à chercher le prince charmant à 500 kilomètres de chez soi. Ou à ne privilégier que les amants trop facilement transis. Vous l’aurez compris, se lancer dans une quête sur écran de l’âme sœur, juste pour ne pas être seule le 14 février, conduit à la mésaventure plus sûrement qu’à la comédie sentimentale.
Si le site de rencontre a bien une vocation, c’est de nous faire croire que la rencontre, c’est de la consommation. Que l’amour est une question de paramètres, de cases et d’emballages. Qu’il suffit d’y mettre le prix, d’arpenter les grandes surfaces, de chercher aux bons rayons pour tomber sur le bon produit, celui qui fera battre notre cœur de ménagère de moins de 50 ans. La célibataire est une cible comme une autre, condamnée à croire aux sentiments en promotion.
Pour la Saint-Valentin, prenez soin de votre cœur. Investissez dans le chocolat, mais noir (c’est bon pour les artères), et renoncez à la grande distribution.