Les enfants, le cinéma et la loi 09-02-2010 | Mise à jour: 09:10 Que peut-il arriver de pire lorsqu’on emmène ses enfants au cinéma ? Qu’ils soient confrontés à des images violentes ? Ou que les forces de l’ordre les expulsent de la salle où ils devaient voir "La Princesse et la grenouille" ?
Un samedi de février un groupe de plusieurs familles avec enfants s’est rendu au cinéma UGC Ciné Cité les Halles (Paris) pour visionner le dernier opus des studios Walt Disney, "La Princesse et la grenouille". Lors de l’achat des billets, le groupe apprend que l’entrée au cinéma est interdite aux enfants de moins de trois ans, et que par conséquent le plus jeune des spectateurs (2 ans et 10 mois) ne pourra assister à la projection. Néanmoins les parents décident de passer outre l’interdiction, les places sont achetées pour l’ensemble des neufs petits spectateurs, et le groupe va s’installer dans la salle.
Les lumières à peine éteintes, des policiers inspectent les rangs à l’aide de torches pour retrouver le groupe hors la loi. Tout le petit monde est illico sorti des lieux sous bonne escorte. La séance se termine dans une ambiance bien différente de celle des contes de fées, face à un cercle de représentants des forces de l’ordre digne de la grande délinquance. Et sans qu’il soit question du remboursement des 15 billets achetés.
L’argument légal dont s’est servi l’établissement pour expulser le trop jeune spectateur est un article de l'ordonnance de la préfecture de police de Paris de 1927, dans lequel il est dit que «toute entrée (dans une salle de cinéma) est interdite aux enfants de moins de 3 ans». On ne peut que rendre hommage à la direction de la salle de spectacle d’avoir voulu respecter l’article en question, qui vise à protéger les oreilles des petits spectateurs des volumes sonores abusifs. Ainsi qu’à la diligence et à la disponibilité des forces de l’ordre dans l’application de la loi.
On aimerait la même ingérence policière dans la gestion du divertissement domestique. Imaginez que tous les enfants de moins de trois, abandonnés du soir au matin devant l’écran de télévision soient désormais contrôlés. Que tous les parents prompts à livrer leurs bambins avant même leur sortie du berceau aux chaînes de clips, soient dorénavant sommés de respecter un âge minimal pour l’exposition de leur progéniture aux postérieurs réunis de Britney Spears, Beyoncé et Shakira. Que les neurones, au même titre que les oreilles de nos bouts de choux dans les salles de cinéma, soient pour toujours protégés de la télé-réalité par une ordonnance préfectorale ? Commençons par inscrire un nouveau commandement aux tables de la loi : De Walt Disney avant trois ans tu ne verras!
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