Sarkozy sur Tf1 : le président français travaille son empathie. 27-01-2010 | Mise à jour: 14:45 Nicolas Sarkozy plus fort qu’Obama ? À tout le moins face aux feuilletons américains. Alors que de l’autre côté de l’Atlantique, Barack Obama a dû déplacer pour des raisons purement fictionnelles son discours sur l’état de l’Union prévu le 2 février, Nicolas Sarkozy a rassemblé devant Tf1 8,6 millions de téléspectateurs lors de l’émission Paroles de Français lundi soir. Un score dont se félicitent la chaîne comme l’entourage du président de la République.
Selon un sondage Le Parisien /Aujourd’hui en France du 27 janvier, 57 % des téléspectateurs (qui ont regardé l’intervention soit entièrement, soit partiellement), ont jugé le chef de l’État « convaincant », jusqu’à 69 % parmi ceux qui ont suivi l’émission jusqu’à son terme. Il faut croire en effet que la prestation était spectaculaire puisque les programmes des chaînes concurrentes, notamment le redoutable (en termes d’audience) FBI Portés disparus sur France 2 et le film Star Wars sur M6, n’ont pas réussi à capter tout à fait l’attention des téléspectateurs. Face aux poids lourds de la fiction américaine, TF1 annonce un score de 32,4 %, de parts d’audience réalisé par l’émission politique de lundi, contre 26,8 % en moyenne pour un prime time. Mais était-ce vraiment une émission politique ?
Qu’avions-nous ? Un cercle de 12 personnes dont la moindre n’était pas le président, assis pour converser, supervisé de façon bienveillante par Jean-Pierre Pernaut, le présentateur du journal prandial de Tf1. Un panel de Français réellement sympathiques et représentatifs de la diversité nationale, tous choisis par la chaîne. Une scénographie en apparence simple, mais bien étudiée, destinée à plonger le téléspectateur désireux de s’informer dans une séance de communion spirituelle. Face à ces vrais Français au départ infidèles (spécialement le futur Judas syndicaliste), le chef de l’État devait faire montre d’empathie, et convaincre les nouveaux apôtres de répandre la bonne parole. Exercice réussi, Nicolas Sarkozy a montré sa capacité à se contrôler, aidé par une climatisation polaire. À peine a-t-il transpiré devant les attaques froides du syndicaliste pugnace. Si l’ambition du programme était de redorer l’aura présidentielle (dont la cote est de 12 points inférieure à celle de son premier ministre selon Gaël Slimane, directeur du pôle opinion de BVA), l’objectif est atteint. Paroles de Français a révélé un président au moins aussi humain que le meilleur enquêteur de FBI portés disparus. Il faut alors louer aussi les citoyens intervenants de l’émission, qui tous à travers leur histoire ont contribué à faciliter la partition compassionnelle du président de la République, tout en gardant (pour la plupart) le cap sur la question politique qui motivait leur présence.
Au plan politique justement, le bilan est moins heureux. On notera que le timing serré souhaité par l’Elysée (pas de programme trop long afin d’éviter de lasser l’attention du téléspectateur), ainsi que le sens du tour de paroles, ont permis de couper court à tous les échanges susceptibles d’acculer Nicolas Sarkozy à une réponse non compassionnelle. Pas de requalification du débat sur l’identité nationale, pas un mot sur la possibilité d’une loi anti-burqa (à laquelle le chef de l’État serait opposé), belle figure de question rhétorique pour justifier la position d’équilibriste de Proglio entre Véolia et EDF. La prédiction phare concerne la baisse du taux de chômage, mais le débat s’est aussi clos sur l’annonce d’une mesure visant à protéger les entrepreneurs (dont un représentant émouvant a stratégiquement été placé en fin de cercle) de la faillite personnelle.
Barack Obama quant à lui, fête son année de présidence, et par conséquent s’apprête à sacrifier lui aussi à l’exercice médiatique : il doit prononcer ce soir devant le Congrès son premier discours sur l’état de l’Union. L’intervention, initialement prévu début février, a été avancée en raison du concert de protestation élevé par les fans de Lost, la série à succès de la NBC, dont la reprise tombait précisément le 2. La disqualification d’Obama, figure pourtant mondialement charismatique, par KO feuilletonesque, rend compte de la mauvaise cote dont il souffre actuellement, et augure mal de l’effet de son discours sur l’audience américaine. Alors que le plan de santé social ne remporte toujours pas l’adhésion et que les Républicains ont récemment marqué un point sur un territoire démocrate, le chef de l’État américain va devoir proposer un nouveau pitch de feuilleton, à travers son discours de ce soir, peut-être grâce à l’annonce du gel des hauts salaires.
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