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Actualité : Politique

Edition : du pavé et du crabe à la louche pour les politiques

Tiziana Fiquet
01-12-2009 | Mise à jour: 14:02


L’annonce a fait l’effet d’une bombe à la une de tous les quotidiens et magazines français voire étrangers, qu’ils soient politiques, « people » ou culturels.


À peine la première fiction à base de vrais morceaux de célébrités avait-elle pris place sur les tables des libraires cet automne, que déjà l’interrogation courrait sur toutes les lèvres : Valery Giscard d’Estaing et Lady Di se seraient-ils connus bibliquement ? Si les qualités littéraires du roman présidentiel sont hors débat, on peut d’ores et déjà affirmer que La Princesse et le président constitue la plus ignoble attaque de batraciens que le royaume d’Albion ait jamais eu à essuyer ! Les Britanniques déjà durement frappés en 1997 par le décès de leur pauvre princesse en terre française, sont désormais contraints de défendre son honneur contre les allégations de notre sexy académicien, chef de l'État au moment des faits supposés. Il faut surtout constater que cette quasi auto-fiction marque le point d’orgue d’une rentrée éditoriale surinvestie par les personnalités politiques.

VGE n’est pas nouveau en édition. Comme d’autres avant et après lui, sa communication politique s’est bâtie aussi à coups de pavés éditoriaux. Le livre est en premier lieu un incontournable exercice en temps de campagne, la liste de ceux qui ont sacrifié à cette tradition politique serait trop longue à énumérer. Quoique certains comme Jean-Louis Debré qui vient de publier son quatrième polar, optent résolument pour la fiction.

La nouveauté réside dans le mélange des genres que choisit l’ex-président pour revenir sur la scène publique : si son roman ne ressortit pas complètement à de l’auto-fiction, qui consiste à « fictionnaliser » un récit autobiographique, sa démarche littéraire joue cependant sur l’identité des personnages et de leurs modèles désignés. La fiction s’appuie alors sur ce qui est public, ce qui appartient à tout le monde. Le procédé ne peut que décupler l’intérêt du lecteur auquel on doit concéder un appétit insatiable pour le « people ». On peut être effrayé à l’idée de ce que pourrait devenir le paysage éditorial si les politiques creusaient la voie de l’auto-fiction, en l’occurrence du mélange du faux sentimental et du vrai politique… Imaginez un roman sur un président en fonctions qui épouserait une top-modèle… Il est vrai que nous sommes complètement sortis de la fiction pour entrer dans une politique bien réelle.


À l’heure actuelle, les tables de libraires sont précisément envahies par les non-fictions, témoignages et autres récits de type vécu. Cet automne Jacques Chirac a accouché de ses Mémoires. Mais cette rentrée politico-littéraire, se distingue en dehors des succès prévisibles (les Mémoires de l’ex-chef de l’État sont en tête des ventes catégorie essais du palmarès Tite-live/L’Express) par une nette tendance à la niche éditoriale, c’est-à-dire au micro-sujet pour ne pas dire au sujet prétexte. On a pu ainsi apprécier un point de vue très conjugal sur le parcours du présent ministre de l’immigration grâce à Sylvie Brunel son ex-épouse (Manuel de guérilla à l’usage de femmes), ainsi qu’un témoignage poignant sur les ravages de la mauvaise camaraderie en politique par l’ex-secrétaire d’État au sport Bernard Laporte (Un Bleu en politique).

Le titre de Julien Dray (Règlement de comptes) annonce la couleur western voire sanglante des écrits automnaux. Yves Jego renchérit avec son témoignage (co-signé par Muriel Gremillet) sur 15 mois et 5 jours entre faux gentils et vrais méchants de son expérience en outre-mer. Le Panier de crabes de Véronique Vasseur, récit épique de son enrôlement UMP lors des législatives ne nous laisse plus aucun doute, la politique, ça tâche ! Mais lorsqu’on a du mal à tenir un sujet d’actualité, au contraire de Nathalie Kosciusko-Morizet qui a planté son drapeau sur les thèmes tendance de la politique participative et du net (Tu viens ?), on se tourne vers le passé. Voire vers les fantômes. C’est l’option balladurienne du retour sur la cohabitation de l’ex-premier ministre avec François Mitterrand : Le Pouvoir ne se partage pas. L’éthologie de l’homme politique se rapproche décidément beaucoup de celle du bac à sable. Il reste enfin l’ultime stratégie, le regard tourné vers le futur, précisément 2012 de Mission impossible ? , pavé prospectif mais néanmoins légèrement science-fiction de Pierre Moscovici.

Si l’on en croit les chiffres des ventes des Mémoires de Jacques Chirac (115 000 exemplaires sur la semaine du 15 au 22 novembre), les tables des libraires loin de constituer une voie de garage littéraire sont un lieu très vivifiant pour l’homme politique en reconversion professionnelle. Mais on sait depuis longtemps que les livres, quel que soit le genre d’écrit dont ils relèvent, constituent avant tout un outil médiatique bien commode pour la manœuvre politique.

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