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Actualité : Monde

Violet web

Elodie Dusseaux
14-12-2009 | Mise à jour: 09:22


Sans chercher à établir de parallèle politique entre la France et notre voisine l’Italie, notons que nos deux pays ont récemment connu un phénomène spontané de protestation citoyenne fondé sur le média web. Début octobre, c’est l’annonce en France de l’élection quasi certaine du fils du président de la République à la présidence de l’EPAD, qui a motivé la mise en ligne et la circulation d’une pétition à l’encontre de cette candidature particulière. Le week-end dernier, les rues de Rome se sont colorées de violet, couleur de rassemblement des protestataires anti-berlusconien. Le No-B-Day (pour « Un jour sans Berlusconi ») s’est incarné en violet, car selon les organisateurs de la manifestation, il s’agit d’une des rares nuances encore politiquement disponible ! De la science chromatique comme stratégie apolitique.

Dans les deux cas (et jusqu’à preuve du contraire) les mouvements de protestation sont indépendants, affranchis de toute tutelle politique ou médiatique. La pétition contre la candidature de Jean Sarkozy, bien que lancée par un bloggeur politisé, a non seulement été extraordinairement suivie (plus de 90 000 signatures), mais encore relayée par les internautes partout où il était possible de publier un commentaire, poster une vidéo, faire chauffer le logiciel de photomontage. Les Français internautes se sont massivement exprimés en se servant bien-sûr des sites d’informations capables de leur fournir une plateforme technique. Mais la lecture de quelques commentaires et le visionnage des saynètes prouvent bien que toute cette inventivité dramaturgique, cette explosion rédactionnelle, n’ont découlé que d’un sentiment relativement apolitique de type « basta la tartine de merde ». Or les représentants de la majorité ont tenté de minimiser l’ampleur du phénomène en imputant son orchestration à la presse. De son côté la presse, comme l’opposition, a mis un certain temps avant de réaliser ce qu’il se passait.

Chez les Italiens, la protestation nettement anti-berlusconienne (il s’agissait de demander la démission du président du Conseil) de samedi 5 décembre, a revendiqué aussi son indépendance. Les représentants du Parti démocrate de l’opposition ont rejoint les manifestants à titre personnel. Mais le mouvement violet n’auraient peut-être pas été aussi fort sans l’activisme du quotidien la Repubblica qui depuis des mois ne perd aucune occasion de contester la ligne politique de Berlusconi. En publiant tous les jours depuis la fin du mois de juin, dix questions gênantes adressées au Cavaliere. En organisant et en couvrant la manifestation romaine pour la liberté de la presse début octobre. En hébergeant sur leur site les plus beaux exemples du génie artistique italien : la galerie des farabutti (vaurien tendance racaille), composée des autoportraits des citoyens reprenant à leur compte le terme proféré par Berlusconi à l’encontre de la presse. « Nous sommes tous des vauriens » est la réponse cinglante des internautes transalpins à l’insulte politique. La comédie à l’italienne ou comment tendre un miroir au chef de l'État.

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