Serge Gainsbourg, une vie héroïque 20-01-2010 - Mise à jour: 17:20  Le film très attendu de Joann Sfar sur la vie de Serge Gainsbourg renouvelle les limites du biopic. "Gainsbourg, vie héroïque" laisse de côté les images convenues, pour aborder l’intime de la légende sous un angle onirique.
Si vous souhaitez votre dose de clichés sur Serge Gainsbourg, Whitney Houston et billets flambés compris, n’allez surtout pas voir le biopic de Joann Sfar. "Gainsbourg, vie héroïque", n’est nullement une reconstitution méticuleuse de la vie de l’icône des années 80, ni un clip conçu pour servir la réédition de l’œuvre du grand Serge, bien que Brigitte, Jane, toutes les images et les mélodies d'une époque soient au rendez-vous. Courez au cinéma pour voir un film que le réalisateur a véritablement écrit et dessiné comme les pages d’un enchantement. Un des atouts de ce conte réside sans doute là , dans une certaine affinité entre l’auteur et son sujet : Joann Sfar, auteur et dessinateur de bande dessinée, Serge Gainsbourg, génial compositeur, peintre passé à côté de sa vocation.
La première astuce du film consiste à ne pas donner dans le flash-back, à ne pas livrer les images archi-connues du chanteur, de l’homme fait, du provocateur ultra-médiatisé. Bien au contraire, le conte de Joann Sfar commence par le commencement, c'est-à -dire l'enfance. D'ailleurs qui sont les héros des contes ? Avant d’avoir toutes les plus belles femmes de Paris, Serge Gainsbourg était un petit garçon face à la mer, déjà en quête de posture pour pouvoir tenir la main des petites filles. Un petit garçon encore, condamné par son pianiste de père à répéter laborieusement le thème qui deviendra Jane B. Un grand séducteur déjà , capable de ravir grâce à ses mots le modèle plantureux de l’académie de peinture à un officier allemand.
C'est de l'enfance également qu'émane Gainsbarre, Juif monstrueux se détachant littéralement de l’affiche de propagande vichyste pour suivre le petit garçon à l’étoile jaune. Et ne plus le lâcher. Car le second coup de génie de Joan Sfar est de n’avoir pas reculé devant le procédé graphique. Gainsbarre, étonnante réussite plastique et dramaturgique, prend corps sur la pellicule comme double maléfique mais créatif. Le dandy à la cigarette souffle ses conseils à sa créature de chair et de sang, le guide dans sa quête artistique, se tapie dans le taxi qui conduit à la rencontre avec Juliette Gréco, joue du piano pendant la première audition de France Gall. Il ne s’efface que lorsque Serge Gainsbourg, résigné, se fait couper les cheveux pour devenir définitivement l’homme à la tête de chou.
Gainsbarre version fumetto mériterait un César pour son interprétation. Mais c’est sans parler de tous les acteurs qui placent ce "Gainsbourg, vie héroïque" encore plus haut que la légende dont il s’inspire. De Laetitia Casta interprétant Bardot, à Anna Mougliaglis dans le rôle de Juliette Gréco, en passant par Lucy Gordon, qui compose une Jane Birkin plus vraie que nature, les actrices incarnent les images d’une France nostalgiquement glamour tout en parvenant à faire oublier leurs sublissimes modèles. L’interprétation ne s’arrête pas aux images, puisque la bande-son est intégralement chantée par les acteurs, Eric Elmosnino en tête. Un Gainsbourg troublant de vérité, du haussement de sourcil à la moindre particule de nicotine. Un Gainsbourg réinventé qui avance dans un conte flamboyant, émouvant. Irrésistible comme les songes.
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