"Chaos calme", un deuil moderne 15-02-2010 - Mise à jour: 09:32 Chaos calme de l’Italien Sandro Veronesi vient de paraître en format poche. Récompensé par le prix Femina étranger peu après sa première édition française chez Grasset en 2008, le roman propose une chronique très contemporaine et souvent drôle d’un thème vieux comme le monde, la perte d'un être aimé.
La scène inaugurale plonge Pietro Paladini sous la surface calme des choses. Le quadra milanais en vacances sur la plage de son enfance, entreprend avec son charismatique frère de sauver deux inconnues des vagues déchaînées. Comment se fait-il que la femme à laquelle il tente de porter secours se débatte, qu’il ressente du désir pour elle alors qu’elle l’attire vers le fond, et qu’une sorte d’irritation à l’égard de son propre frère domine sa lutte contre les flots? À l’issue du sauvetage réussi, la mort frappe quand même le héros du jour. De retour à sa maison de vacances, Pietro Paladini se trouve confronté au corps de sa compagne, décédée accidentellement.
Dès lors le narrateur doit affronter sa vie « qu’il ne savait pas être détruite » pour reprendre les mots de Sandro Veronesi, sa vie qui a bifurqué brusquement vers l’épreuve intime et sociale du deuil. Pour être au plus près de leur fille, il décide de se poster sous les fenêtres de l’école qu’elle fréquente, de déplacer son bureau dans son élégante berline. Son entreprise, sur le point de réaliser une fusion historique avec un groupe américain, peut se passer de lui, mais sa fille doit à présent occuper le centre exact de son existence. Débute alors une sorte de retraite héroïque, d’installation prudente dans le gel des sentiments. Le parking de l’école devient un petit monde à la mesure de sa culpabilité, où la société, touchée par sa posture un rien régressive, se laisse voir sous un jour nouveau. De sa belle-sœur hystérique au vieux Romain en instance de déménagement, en passant par ses collègues désorientés, Pietro Paladini tente d’ordonner le chaos de questions bien à l’abri derrière son pare-brise.
Ce n’est pas la moindre trouvaille du romancier que d’avoir matérialisé par une automobile de standing le bunker dans lequel le veuf reconstruit sa relation à l’autre. Tous viennent s’y confier, pleurer, piquer des crises de nerfs, voire réécrire la Trinité dans l’organigramme de l’entreprise. Autre innovation séduisante de Sandro Veronesi, celle de puiser abondamment dans les clichés de la modernité sociale : la marque qui finit par incarner une idéologie, la fascination du show-biz, la quête de guru et de philosophie prête à l’emploi. Le tout-technologique et notamment Internet acquièrent ainsi une place prépondérante dans le roman. Témoin cette scène dans laquelle notre Milanais classe son petit monde à l’aune du moteur de recherche.
La revue détaillée de la réussite sociale moderne offre à cette traversée du deuil des accents comiques. On regrette cependant que le romancier n’ait pas permis à son personnage de prendre encore plus de distance avec les clichés qui la composent.
"Chaos calme", Sandro Veronesi, traduit par Dominique Vittoz, éditions Le Livre de poche
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